Idée et fondations du texte par Solo the CyberpunK, ajouts et révisions par DarkEvil.
«Bang!»
Un homme de science git sur le sol, résultat attendu d'une balle de fusil qui traverse son cerveau. Aux yeux de tous, il s'est suicidé.
La vérité n'est pas qu'il n'en peut plus de sa vie, ce n'est que parce qu'il est un scientifique en pleine expérimentation qu'il a posé le geste. Malgré les conséquences de son geste, ne vous détrompez pas, il est d'ailleurs toujours en expérimentation. Il est tout simplement à la recherche de quelque chose de meilleur.
Pas dans le sens "croyant" du terme, il est assuré qu'il n'y a pas de vie après la mort; du moins rien de traditionnel comme un paradis ou un enfer.
Toute sa vie, il a cherché les secrets de l'univers aussi bien qu'il le pouvait, en tant que grain de sable dans un vaste terrain de sable. Récemment, ses recherches ont abouties à une découverte incroyable.
Une expérience de mort imminente lui ouvra les yeux : c'est comme si pendant un court instant, une fenêtre s'était ouverte pour le laisser passer à une autre possibilité, mais il s'est fait aspirer à sa réalité avant de poursuivre ce chemin.
Son hypothèse : à la mort accidentelle du corps, avant l'usure naturelle de la conscience, celle-ci s'échappe, mais elle ne cesse pas d'exister. Presque comme les religions le prétendent pour le soi-disant "âme", excepté que la conscience n'est pas éternelle à proprement parler. Cependant, là où le tout diffère, c'est que cette mort crée un embranchement dans les dimensions, un où le corps est encore habitable par la conscience avant l'accident. Chacun de ces embranchements spéciaux entraîne des irrégularités qui modifient un peu la série de choix qui l'ont mené jusqu'au présent de telle manière à ce que l'accident ne se répète pas à terme. Peut-être aussi qu'il n'y a pas de cause ni effet et que ces embranchements ont toujours existé, attendant sa venue; il n'en est pas certain.
Ce dont il est certain, c'est que ses collègues ne seraient pas d'accord avec ses méthodes drastiques, car il n'a pas encore établit suffisamment de preuves pour justifier un tel geste, mais l'excitation du moment a fait en sorte qu'il ne pouvait plus attendre. Le but de son geste fatal consistant en plus que de simplement prover son hypothèse, il souhaite tomber dans une dimension où la série de choix lui permettant de survivre à un accident donné change dramatiquement son style de vie. Il est, comme nous tous, à la recherche d'une vie parfaite sans les problèmes divers qui le troublent actuellement. Bien sûr, il définit "vie parfaite" selon ses propres termes, une telle chose ne pouvant exister. Rien ne pourrait correspondre à sa demande après une seule tentative selon lui, mais il arrivera bien à ses fins un jour ou l'autre en s'enfonçant de plus en plus loin dans les dimensions.
Il se réveille, après ce qui lui paraît être un instant après avoir appuyé sur la détente, dans une dimension où il avait oublié de charger le fusil. Léger changement, il a survécu et doit apprendre à s'ajuster à sa nouvelle situation pour voir si dans le plus heureux des hasards elle lui convient. 2 heures plus tard, un autobus le renverse.
Il s'éveille de nouveau dans un nouveau monde et réalise sa malchance. Il se promet de faire bien attention de ne pas répéter l'accident. Le jour d'après, il meurt d'un empoisonnement alimentaire dans un restaurant.
Après 50 ans de vie et de mort constante, il est clairement sur le point de perdre la raison. Il a travaillé à développer une technologie combinée du savoir des différentes dimensions, de plus en plus éloignées de ses origines et lui laissant un peu plus de temps en leur présence à chaque fois, pour créer un canon à particules ultra puissant qui peut atteindre une vitesse incalculable. Ce que l'homme peut arriver à faire dans les pires situations est incroyable, chose qu'il sait en tant que scientifique, alors imaginez ce qu'il peut faire après 50 ans de ce qui est rapidement devenu pire que la mort absolue. Il veut utiliser son invention pour envoyer un message dans l'espace dans un vortex en rotation contraire à celle de la Terre, ce qui a pour effet étrange de faire arriver le message à destination avant son envoi, si cela fonctionne.
Le message est envoyé à la première entité qu'il a habitée, juste avant qu'il ne passe à l'acte pour tester son hypothèse. L'effet est catastrophique : il est encore présent aux côtés de son canon. Il n'y a pas de lien logique entre l'entité qu'il était au départ et celle qu'il est devenu, puisqu'elle n'a jamais posé le geste le coinçant dans sa situation. À proprement parler, il est un nouvel être et il a sauvé quelqu'un d'autre, pas lui.
Finalement, sa conscience meurt pour de bon à l'usure dans l'univers 9721B, le fusil à la main, après de nombreuses morts accidentelles toujours aussi douloureuses.
jeudi 28 avril 2011
jeudi 6 janvier 2011
Un psychologue, un client
Une histoire pensée et écrite par Solo the CyberpunK, puis révisée par DarkEvil.
-Assoyez-vous. Est-ce la première fois que vous consultez? Monsieur, euh, Simon?
-Oui, c’est ça. Absolument, c’est ma première consultation professionnelle.
-Bon! Qu'est-ce qui vous amène à mon bureau?
-J'ai le moral extrêmement faible ces temps-ci.
-Avez-vous déjà fait une dépression auparavant?
-Quoi? Mais qu'est-ce qui vous dit que c'est une dépression après un simple regard? La dépression est un dérèglement mental sérieux, non?
-Certaines personnes ont seulement besoin d'antidépresseurs pour rétablir...
-Non! Je ne veux pas des pilules. Moi, je veux être bien pour vrai et ce n’est pas un débalancement de ma part qui cause mes soucis.
-Avez-vous des idées noires?
-Oui... euh, c’est-à-dire non, je pense.
-...
-Je veux dire que je suis plutôt pessimiste, mais jamais je n'ai pensé au suicide ou à quelque chose de grave. D'ailleurs, je trouve l'idée trop lâche personnellement : les gens qui le font ne sont pas écœurés de vivre, mais plutôt de leur vie, et ça c'est quelque chose qui se change avec la volonté. Du moins c’est ce que je crois.
-D’accord, et vous n'avez pas d'impulsion violente?
-Jamais, ce n'est pas du tout le cas. En vérité je suis venu vous voir parce que je cherche des explications. Je veux avoir un second avis sur un sujet que j’ai discuté avec mes proches.
-D'accord, je vous écoute.
-Tout le monde autour de moi est malheureux. Peu importe comment j'essaie de le voir : les gens que je croise n'aiment pas leur travail, leur vie...
-Vous faites de la projection. Vous voyez votre problème partout.
-Non, je vous assure, tout le monde est toujours de mauvaise humeur, rude et de mauvaise foi.
-Avez-vous un emploi stressant?
-Oui et non... Ce n'était pas le cas avant, mais les dates de production sont de plus en plus serrées. J'ai regardé et c'est comme ceci partout et dans pas mal tous les domaines. Tout le monde est stressé. Ils sont stressés parce que notre système en demande toujours plus à l'individu. Pourquoi pensez-vous?
-Je crois que ce n’est pas à moi de répondre à cette question; vous ne pouvez pas rejeter toutes les fautes sur notre société.
-Je ne vous demande qu’une réponse honnête à ma question, pourquoi notre système en demande-t-il toujours plus à l’individu?
--Eh bien, comme vous le savez, nous avons accepté en tant qu’individu faisant partie de cette société de vivre dans le capitalisme. L'accumulation des biens et ces biens doivent se faire construire évidemment par quelqu’un; mais...
-Exactement. Ce stress en particulier, disons qu'il est arrivé en même temps que la révolution industrielle environ. À ce moment, il fallait produire en grosse quantité pour s’ajuster à la population grandissante, mais aujourd'hui pourquoi le faisons-nous?
--Vous savez qu’il faut subvenir aux besoins des...
-Mais pas des besoins vitaux! Nous pourrions facilement vivre sans tout notre matériel superflu et les modes actuelles. Ces besoins sont créés par le système lui-même. Si nous nous limitions à l'essentiel, je ne crois pas que tout le monde aurait besoin de travailler 40 heures par semaine.
-Allons bon, il y a sûrement un peu trop de négativité là-dedans. La situation pourrait être pire après tout.
-Pourquoi comparer à un extrême absolu? Je cherche à vous faire comprendre ce qui ne fonctionne pas dans la situation actuelle. Il y a des gens qui travaillent jour et nuit pour fabriquer ma prochaine voiture, téléphone cellulaire, lecteur MP3. Moi aussi avec mon travail je contribue à cette chaîne. Mais si je ne travaillais pas, je n'aurais pas besoin de voiture, de cellulaire et de lecteur MP3, du moins certainement pas à ce rythme infernal. Imaginez si c'est pareil pour tout le monde! Dans le fond, ce système était censé nous rendre heureux par la création de biens, mais c'est tout le contraire qui se passe, alors pourquoi le faisons-nous tous? Qui en profite en bout de ligne?
-Monsieur Simon, je vous arrête tout de suite. Nous ne vivons certainement pas dans une utopie et je crois que vous vous fixez des idéaux trop élevés. Vous ne serez jamais heureux ainsi. Pourquoi ne pas penser au meilleur? Par exemple, quand vous pourrez profiter d’une retraite avec votre famille.
-Oui, au moment où l'industrie n'aura plus besoin de moi dû à ma vieillesse. Je travaille en échange d'argent. Cet argent me sert à être plus heureux dans mes temps libres. Sauf que mes temps libres reviennent uniquement à l’argent aussi. Et je le vois autour de moi : les gens malheureux consomment, comme pour combler le vide qu'ils ont à l'intérieur. C'est comme si les gens essayaient toujours de provoquer artificiellement le bonheur. Pourtant, le bonheur est une émotion humaine qui ne se crée pas. Elle se vit. C'est pourquoi les bonheurs artificiels ne durent jamais longtemps : dans le fond de vous, vous savez que vous n'êtes pas "vraiment" heureux. Et alors à ce moment, le vide intérieur absorbe ce bonheur passager pour reprendre toute la place.
-Je crois que vous extrapolez un peu...
-Vous par exemple. Êtes-vous heureux actuellement?
-Euh, oui, *ahem!* Je veux dire... J’ai une vie active et une carrière.
-Mais votre travail vous rend-il heureux?
-Ce n’est pas nécessairement le but... Euh, mais rappelons-nous qu’il s’agit de vous.
-Donc, vous non plus. Posez-vous la question : qu'est-ce que vous avez accompli dans votre vie à part servir le système? Dire à des gens comme moi de consommer des antidépresseurs et d’accepter leur situation. Qui êtes-vous à l'extérieur du travail? Avez-vous encore des projets ou les avez-vous tous abandonnés? Qui tient encore à vous? Les gens sont-ils devenus tellement égoïstes que leurs biens passent avant leurs proches? Comment se sortir de ce cercle infernal?
-...
-...
-Assoyez-vous. Est-ce la première fois que vous consultez? Monsieur, euh, Simon?
-Oui, c’est ça. Absolument, c’est ma première consultation professionnelle.
-Bon! Qu'est-ce qui vous amène à mon bureau?
-J'ai le moral extrêmement faible ces temps-ci.
-Avez-vous déjà fait une dépression auparavant?
-Quoi? Mais qu'est-ce qui vous dit que c'est une dépression après un simple regard? La dépression est un dérèglement mental sérieux, non?
-Certaines personnes ont seulement besoin d'antidépresseurs pour rétablir...
-Non! Je ne veux pas des pilules. Moi, je veux être bien pour vrai et ce n’est pas un débalancement de ma part qui cause mes soucis.
-Avez-vous des idées noires?
-Oui... euh, c’est-à-dire non, je pense.
-...
-Je veux dire que je suis plutôt pessimiste, mais jamais je n'ai pensé au suicide ou à quelque chose de grave. D'ailleurs, je trouve l'idée trop lâche personnellement : les gens qui le font ne sont pas écœurés de vivre, mais plutôt de leur vie, et ça c'est quelque chose qui se change avec la volonté. Du moins c’est ce que je crois.
-D’accord, et vous n'avez pas d'impulsion violente?
-Jamais, ce n'est pas du tout le cas. En vérité je suis venu vous voir parce que je cherche des explications. Je veux avoir un second avis sur un sujet que j’ai discuté avec mes proches.
-D'accord, je vous écoute.
-Tout le monde autour de moi est malheureux. Peu importe comment j'essaie de le voir : les gens que je croise n'aiment pas leur travail, leur vie...
-Vous faites de la projection. Vous voyez votre problème partout.
-Non, je vous assure, tout le monde est toujours de mauvaise humeur, rude et de mauvaise foi.
-Avez-vous un emploi stressant?
-Oui et non... Ce n'était pas le cas avant, mais les dates de production sont de plus en plus serrées. J'ai regardé et c'est comme ceci partout et dans pas mal tous les domaines. Tout le monde est stressé. Ils sont stressés parce que notre système en demande toujours plus à l'individu. Pourquoi pensez-vous?
-Je crois que ce n’est pas à moi de répondre à cette question; vous ne pouvez pas rejeter toutes les fautes sur notre société.
-Je ne vous demande qu’une réponse honnête à ma question, pourquoi notre système en demande-t-il toujours plus à l’individu?
--Eh bien, comme vous le savez, nous avons accepté en tant qu’individu faisant partie de cette société de vivre dans le capitalisme. L'accumulation des biens et ces biens doivent se faire construire évidemment par quelqu’un; mais...
-Exactement. Ce stress en particulier, disons qu'il est arrivé en même temps que la révolution industrielle environ. À ce moment, il fallait produire en grosse quantité pour s’ajuster à la population grandissante, mais aujourd'hui pourquoi le faisons-nous?
--Vous savez qu’il faut subvenir aux besoins des...
-Mais pas des besoins vitaux! Nous pourrions facilement vivre sans tout notre matériel superflu et les modes actuelles. Ces besoins sont créés par le système lui-même. Si nous nous limitions à l'essentiel, je ne crois pas que tout le monde aurait besoin de travailler 40 heures par semaine.
-Allons bon, il y a sûrement un peu trop de négativité là-dedans. La situation pourrait être pire après tout.
-Pourquoi comparer à un extrême absolu? Je cherche à vous faire comprendre ce qui ne fonctionne pas dans la situation actuelle. Il y a des gens qui travaillent jour et nuit pour fabriquer ma prochaine voiture, téléphone cellulaire, lecteur MP3. Moi aussi avec mon travail je contribue à cette chaîne. Mais si je ne travaillais pas, je n'aurais pas besoin de voiture, de cellulaire et de lecteur MP3, du moins certainement pas à ce rythme infernal. Imaginez si c'est pareil pour tout le monde! Dans le fond, ce système était censé nous rendre heureux par la création de biens, mais c'est tout le contraire qui se passe, alors pourquoi le faisons-nous tous? Qui en profite en bout de ligne?
-Monsieur Simon, je vous arrête tout de suite. Nous ne vivons certainement pas dans une utopie et je crois que vous vous fixez des idéaux trop élevés. Vous ne serez jamais heureux ainsi. Pourquoi ne pas penser au meilleur? Par exemple, quand vous pourrez profiter d’une retraite avec votre famille.
-Oui, au moment où l'industrie n'aura plus besoin de moi dû à ma vieillesse. Je travaille en échange d'argent. Cet argent me sert à être plus heureux dans mes temps libres. Sauf que mes temps libres reviennent uniquement à l’argent aussi. Et je le vois autour de moi : les gens malheureux consomment, comme pour combler le vide qu'ils ont à l'intérieur. C'est comme si les gens essayaient toujours de provoquer artificiellement le bonheur. Pourtant, le bonheur est une émotion humaine qui ne se crée pas. Elle se vit. C'est pourquoi les bonheurs artificiels ne durent jamais longtemps : dans le fond de vous, vous savez que vous n'êtes pas "vraiment" heureux. Et alors à ce moment, le vide intérieur absorbe ce bonheur passager pour reprendre toute la place.
-Je crois que vous extrapolez un peu...
-Vous par exemple. Êtes-vous heureux actuellement?
-Euh, oui, *ahem!* Je veux dire... J’ai une vie active et une carrière.
-Mais votre travail vous rend-il heureux?
-Ce n’est pas nécessairement le but... Euh, mais rappelons-nous qu’il s’agit de vous.
-Donc, vous non plus. Posez-vous la question : qu'est-ce que vous avez accompli dans votre vie à part servir le système? Dire à des gens comme moi de consommer des antidépresseurs et d’accepter leur situation. Qui êtes-vous à l'extérieur du travail? Avez-vous encore des projets ou les avez-vous tous abandonnés? Qui tient encore à vous? Les gens sont-ils devenus tellement égoïstes que leurs biens passent avant leurs proches? Comment se sortir de ce cercle infernal?
-...
-...
vendredi 17 septembre 2010
Le prisonnier de la lemniscate
Ce qui suit est une expérimentation intéressante pour moi, car j'ai essayé d'écrire un texte très personnel à la première personne, toutefois en n'étant pas moi-même. Voici un personnage qui a vécu une vie très différente de moi, avec infiniment plus d'expériences, et qui prend une décision probablement opposée à tout ce que je pourrais faire. J'avais pour but supplémentaire de rendre cette décision compréhensible ou du moins respectable pour quelqu'un qui ne la prendrait pas (comme moi, du moins à ce que je présume, n'ayant pas vécu ce que le personnage a vécu).
Pourquoi? J'imagine que c'est la première question qui viendra à ton esprit. Après tout, la vie éternelle est ce pour quoi l'homme a travaillé pendant si longtemps, ce qu'il a toujours désiré. Personne de censé n'oserait rejeter cette bénédiction une fois rendue possible, mais pourtant voilà que tu me trouves ainsi.
Premièrement, je veux que tu saches que tu n'y es pour rien, j'ai pris la décision seul et j'y ai longtemps pensé, ce qui fait peut-être de moi un égoïste, ne t'ayant pas partagé mes idées. Aussi c'est la raison pour laquelle écrire cette lettre m'est si étrange, sachant que ce doit être à la fois une preuve de l'amour que j'ai éprouvé pour toi, mais aussi l'ultime acte de cruauté envers ta personne.
Tu sais que j'ai toujours été plus un homme de raison qu'un homme d'émotions, mais cela ne veut pas dire que je n'en avais pas. Alors laisse-moi tout de suite te donner des explications dans l'espoir qu'un acte réfléchi soit plus facile à respecter, car c'est la seule chose que je te demande, en mémoire de nos 107 années ensemble.
J'ai vécu 77 merveilles années avec toi qui rendent bien misérables les 20 premières années de ma vie, comme j'étais innocent. C'est à l'âge de 25 ans que j'ai connu ma première femme, Amanda. Je ne t'ai jamais donné trop de détails sur cette vie antérieure, car après tant de temps, c'est ce que cette vie était devenue, une vie passé.
À l'époque, la médecine progressait à un rythme fou et l'on nous promettait une cure imminente à la sénescence cellulaire. D'autre part, les maladies arrachant autrefois le plus de vies devenaient choses du passé.
Avec Amanda, j'eu une fille, puis un fils et elle donna finalement naissance à mon autre fils, malheureusement mort né. De voir quelqu'un mourir m'avait toujours énormément attristé et ce jour-là j'ai réalisé pourquoi. La mort, de par sa nature étant quelque chose que l'on ne peut expérimenter dans son vivant, m'avait toujours fait extrêmement peur.
Tu ne l'as peut-être jamais réalisé autant que moi, car tu es né au moins 20 bonnes années après que l'on ait trouvé le secret de l'immortalité, mais c'est dans la nature même de l'homme que d'avoir peur de la mort. Il n'aurait pas cherché un remède à sa propre défaillance s'il ne la considérait pas comme indésirable, certes, mais aussi à l'époque les gens étaient encore relativement religieux, même s'ils vivaient dans une ère de technologie superbe faisant elle-même des miracles plus grands que leurs dieux.
Tu le sais, à part un court moment de crédulité infantile dont je t'ai parlé, j'ai toujours perçu le mythe derrière ces légendes incroyables auxquelles un groupe de gens en marge de la société se rattachent encore aujourd'hui. Les gens non-croyants de ma jeunesse se contentaient normalement de dire que leurs œuvres définiraient leur immortalité, leur mémoire qu'ils laisseraient derrière eux pour les générations à venir. Moi, j'étais plus du genre à un acteur de mon époque qui disait qu'il ne voulait pas atteindre l'immortalité grâce à son œuvre, mais en ne mourant point. Il n'a malheureusement jamais atteint ce but.
10 ans après que j'aie connu ma femme, elle fut diagnostiquée avec la chorée de Huntington, une maladie des plus terribles qui n'était pas connue de tous et qui n'était évidemment pas encore traitable. En fait, cela faisait plusieurs années qu'elle montrait des symptômes, mais on n'y portait pas attention, car il est très difficile au début de les distinguer d'un simple manque d'attention ou de la maladresse en général. Plus tard, je crois que l'on niait tout simplement les symptômes de plus en plus évidents.
Elle mourrait 2 ans plus tard. L'année suivante, on découvrait plusieurs cure génétiques, dont l'une qui l'aurait probablement guérie ou qui lui aurait fait vivre une vie presqu'aussi longue que sans la maladie. D'ailleurs, la même année on découvrait cette cure à la sénescence. Mon fils a été traité presqu'immédiatement pour la maladie que sa mère lui avait transmise, avant même qu'il ne démontre le moindre symptôme à mes yeux. Ma fille n'avait pas la maladie.
Je m'étais fait traité contre la sénescence, le traitement n'allait être administré à mes enfants qu'une fois qu'ils auraient atteint l'âge de majorité, mais c'était fait. Nous avions combattu avions maintenant la promesse de ne plus jamais être séparé par la mort.
Ma fille fut violée par un membre d'un gang de rue lorsqu'elle était âgée de 17 ans. Son frère, un soir, pour la venger, décida d'aller tuer l'agresseur, mais le gang de rue s'est occupé de lui. Sa sœur, ma fille, succomba à la dépression et se suicida peu de temps après. Jamais je ne me suis senti plus impuissant en ce monde qu'à cet instant. Je venais de tout gagner et pourtant j'avais tout perdu.
J'ai mis plusieurs années à m'en remettre, en fait je ne m'en suis jamais remis, mais lorsque je t'ai finalement rencontré, j'ai pu mettre cette terrible mémoire en moindre priorité, savourant les moments présents. Pour cela je te suis très reconnaissant.
Mais je te vois te demander encore cette question: alors pourquoi en finir maintenant?
La vie est une bien belle chose, mais elle vient avec un fardeau. Ce n'est pas tout le monde qui subit les mêmes malheurs, alors parler du fardeau d'une vie est bien insignifiant pour les plus chanceux. Je ne me considère pas particulièrement malchanceux considérant le bonheur de la majorité de ma vie, comparé à ces moments intenses de misère pendant quelques années. Mais seulement, le fardeau d'une vie n'est fait que pour être supporté durant une vie. L'immortalité veut aussi dire qu'il n'y a pas de fin à ce tourment.
Ne te sens pas coupable de ne pas avoir pu détecter cela chez moi, tu es né dans un autre monde, l'un où la promesse d'une mort certaine n'existait plus. Moi je suis né dans un monde où la promesse d'une vie éternelle n'existait pas encore.
Je ne regrette pas ce que j'ai vécu, car cela a forgé celui que je suis devenu. C'est ainsi que se termine l'histoire de ma vie. Je suis heureux de ce qu'elle a signifié pour moi et je l'espère pour de nombreuses personnes ainsi que toi en particulier, mon amour.
J'avais peur de la mort, car je n'avais pas la liberté sur elle. Le choix de son instant.
Signé David, né esclave, mort libre
Pourquoi? J'imagine que c'est la première question qui viendra à ton esprit. Après tout, la vie éternelle est ce pour quoi l'homme a travaillé pendant si longtemps, ce qu'il a toujours désiré. Personne de censé n'oserait rejeter cette bénédiction une fois rendue possible, mais pourtant voilà que tu me trouves ainsi.
Premièrement, je veux que tu saches que tu n'y es pour rien, j'ai pris la décision seul et j'y ai longtemps pensé, ce qui fait peut-être de moi un égoïste, ne t'ayant pas partagé mes idées. Aussi c'est la raison pour laquelle écrire cette lettre m'est si étrange, sachant que ce doit être à la fois une preuve de l'amour que j'ai éprouvé pour toi, mais aussi l'ultime acte de cruauté envers ta personne.
Tu sais que j'ai toujours été plus un homme de raison qu'un homme d'émotions, mais cela ne veut pas dire que je n'en avais pas. Alors laisse-moi tout de suite te donner des explications dans l'espoir qu'un acte réfléchi soit plus facile à respecter, car c'est la seule chose que je te demande, en mémoire de nos 107 années ensemble.
J'ai vécu 77 merveilles années avec toi qui rendent bien misérables les 20 premières années de ma vie, comme j'étais innocent. C'est à l'âge de 25 ans que j'ai connu ma première femme, Amanda. Je ne t'ai jamais donné trop de détails sur cette vie antérieure, car après tant de temps, c'est ce que cette vie était devenue, une vie passé.
À l'époque, la médecine progressait à un rythme fou et l'on nous promettait une cure imminente à la sénescence cellulaire. D'autre part, les maladies arrachant autrefois le plus de vies devenaient choses du passé.
Avec Amanda, j'eu une fille, puis un fils et elle donna finalement naissance à mon autre fils, malheureusement mort né. De voir quelqu'un mourir m'avait toujours énormément attristé et ce jour-là j'ai réalisé pourquoi. La mort, de par sa nature étant quelque chose que l'on ne peut expérimenter dans son vivant, m'avait toujours fait extrêmement peur.
Tu ne l'as peut-être jamais réalisé autant que moi, car tu es né au moins 20 bonnes années après que l'on ait trouvé le secret de l'immortalité, mais c'est dans la nature même de l'homme que d'avoir peur de la mort. Il n'aurait pas cherché un remède à sa propre défaillance s'il ne la considérait pas comme indésirable, certes, mais aussi à l'époque les gens étaient encore relativement religieux, même s'ils vivaient dans une ère de technologie superbe faisant elle-même des miracles plus grands que leurs dieux.
Tu le sais, à part un court moment de crédulité infantile dont je t'ai parlé, j'ai toujours perçu le mythe derrière ces légendes incroyables auxquelles un groupe de gens en marge de la société se rattachent encore aujourd'hui. Les gens non-croyants de ma jeunesse se contentaient normalement de dire que leurs œuvres définiraient leur immortalité, leur mémoire qu'ils laisseraient derrière eux pour les générations à venir. Moi, j'étais plus du genre à un acteur de mon époque qui disait qu'il ne voulait pas atteindre l'immortalité grâce à son œuvre, mais en ne mourant point. Il n'a malheureusement jamais atteint ce but.
10 ans après que j'aie connu ma femme, elle fut diagnostiquée avec la chorée de Huntington, une maladie des plus terribles qui n'était pas connue de tous et qui n'était évidemment pas encore traitable. En fait, cela faisait plusieurs années qu'elle montrait des symptômes, mais on n'y portait pas attention, car il est très difficile au début de les distinguer d'un simple manque d'attention ou de la maladresse en général. Plus tard, je crois que l'on niait tout simplement les symptômes de plus en plus évidents.
Elle mourrait 2 ans plus tard. L'année suivante, on découvrait plusieurs cure génétiques, dont l'une qui l'aurait probablement guérie ou qui lui aurait fait vivre une vie presqu'aussi longue que sans la maladie. D'ailleurs, la même année on découvrait cette cure à la sénescence. Mon fils a été traité presqu'immédiatement pour la maladie que sa mère lui avait transmise, avant même qu'il ne démontre le moindre symptôme à mes yeux. Ma fille n'avait pas la maladie.
Je m'étais fait traité contre la sénescence, le traitement n'allait être administré à mes enfants qu'une fois qu'ils auraient atteint l'âge de majorité, mais c'était fait. Nous avions combattu avions maintenant la promesse de ne plus jamais être séparé par la mort.
Ma fille fut violée par un membre d'un gang de rue lorsqu'elle était âgée de 17 ans. Son frère, un soir, pour la venger, décida d'aller tuer l'agresseur, mais le gang de rue s'est occupé de lui. Sa sœur, ma fille, succomba à la dépression et se suicida peu de temps après. Jamais je ne me suis senti plus impuissant en ce monde qu'à cet instant. Je venais de tout gagner et pourtant j'avais tout perdu.
J'ai mis plusieurs années à m'en remettre, en fait je ne m'en suis jamais remis, mais lorsque je t'ai finalement rencontré, j'ai pu mettre cette terrible mémoire en moindre priorité, savourant les moments présents. Pour cela je te suis très reconnaissant.
Mais je te vois te demander encore cette question: alors pourquoi en finir maintenant?
La vie est une bien belle chose, mais elle vient avec un fardeau. Ce n'est pas tout le monde qui subit les mêmes malheurs, alors parler du fardeau d'une vie est bien insignifiant pour les plus chanceux. Je ne me considère pas particulièrement malchanceux considérant le bonheur de la majorité de ma vie, comparé à ces moments intenses de misère pendant quelques années. Mais seulement, le fardeau d'une vie n'est fait que pour être supporté durant une vie. L'immortalité veut aussi dire qu'il n'y a pas de fin à ce tourment.
Ne te sens pas coupable de ne pas avoir pu détecter cela chez moi, tu es né dans un autre monde, l'un où la promesse d'une mort certaine n'existait plus. Moi je suis né dans un monde où la promesse d'une vie éternelle n'existait pas encore.
Je ne regrette pas ce que j'ai vécu, car cela a forgé celui que je suis devenu. C'est ainsi que se termine l'histoire de ma vie. Je suis heureux de ce qu'elle a signifié pour moi et je l'espère pour de nombreuses personnes ainsi que toi en particulier, mon amour.
J'avais peur de la mort, car je n'avais pas la liberté sur elle. Le choix de son instant.
Signé David, né esclave, mort libre
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